SOURATE YUSUF

12. Sourate de Joseph (Yûsuf)
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
[1] Alif - Lâm - Râ. Ce sont là les versets du Livre explicite. [2] Nous
l’avons révélé en langue arabe, afin que vous puissiez le comprendre.
[3] Nous allons te narrer, grâce à la révélation de ce Coran, l’un des plus
beaux récits dont tu n’avais auparavant aucune connaissance.
[4] Un jour, Joseph dit à son père : « Ô mon père ! J’ai vu en rêve onze
étoiles ainsi que le Soleil et la Lune prosternés devant moi ! »
[5] – « Mon fils, lui répondit son père, ne raconte pas ce rêve à tes frères,
de peur qu’ils n’ourdissent un complot contre toi, car Satan est pour
l’homme un ennemi juré ! [6] Ainsi, ton Seigneur t’a choisi pour
t’instruire dans l’art d’interpréter les rêves et pour parachever Sa grâce en
toi et en faveur de la famille de Jacob, comme Il l’avait parachevée, jadis,
en faveur de tes ancêtres, Abraham et Isaac, car ton Seigneur est
Omniscient et Sage. »
[7] En vérité, il y a pour ceux qui veulent s’instruire de multiples
enseignements dans l’histoire de Joseph et de ses frères, [8] lorsque ces
derniers dirent : « Joseph et son frère sont plus chers à notre père que
nous, bien que nous soyons plus nombreux qu’eux. C’est là une
préférence injuste de sa part. » [9] « Tuez donc Joseph, dirent-ils, ou
éloignez-le quelque part, et de cette façon vous jouirez tout seuls de
l’affection de votre père et vous serez, après sa disparition, des gens bien
considérés. » [10] « Ne tuez pas Joseph, proposa l’un d’eux, mais jetez-le
plutôt dans les profondeurs d’un puits ; si vous procédez ainsi, quelque
voyageur de passage pourrait le recueillir. » [11] « Père, dirent-ils,
pourquoi ne veux-tu pas nous confier Joseph, alors que nous ne lui
voulons que du bien ? [12] Envoie-le avec nous demain, afin qu’il puisse
s’ébattre et s’amuser sous notre garde ! » [13] – « Je ressentirais un grand
chagrin, dit le père, de vous voir l’emmener avec vous et je crains qu’un
loup ne le dévore dans un moment d’inattention de votre part. » [14] –
« Pour qu’un loup le dévore, s’écrièrent-ils, malgré notre nombre, il
faudrait que nous soyons bien lâches ! »
[15] Et lorsqu’ils l’eurent emmené avec eux, et se furent mis d’accord
pour le faire disparaître au fond du puits, Nous révélâmes à Joseph ce qui
suit : « Tu auras un jour à leur rappeler ce forfait, au moment où ils s’y
attendront le moins. » [16] Le soir, ils s’en revinrent auprès de leur père
en pleurant. [17] « Père, dirent-ils, nous sommes allés jouer à la course en
laissant Joseph auprès de nos effets. C’est alors que le loup l’a dévoré.
Mais tu ne nous croiras pas, même si nous disons la vérité. » [18] Et ils lui
présentèrent sa tunique frauduleusement tachée de sang. Le père dit alors :
« Je pense plutôt que c’est un mauvais coup que vous avez monté vous-
mêmes, et je n’ai plus qu’à me résigner et à implorer l’aide de Dieu pour
supporter ce que vous venez de me dire. »
[19] Puis vint à passer une caravane près du puits. Pour se ravitailler en
eau, ils y envoyèrent leur pourvoyeur qui, ayant jeté son seau, s’écria :
« Quelle trouvaille ! Voici un jeune garçon ! » Ils le dissimulèrent pour le
vendre telle une marchandise. Mais Dieu savait bien ce qu’ils faisaient.
[20] Ils le vendirent à vil prix, pour quelque menue monnaie, car ils ne
comptaient pas le garder.
[21] L’Égyptien qui l’avait acquis dit à sa femme : « Traite-le bien ! Peut-
être nous sera-t-il utile ou serons-nous amenés à l’adopter. » Ainsi avons-
Nous bien établi Joseph en ce pays et l’avons-Nous initié à l’interprétation
des rêves, car, lorsque ton Seigneur décide une chose, elle s’accomplit
toujours, bien que la plupart des hommes l’ignorent.
[22] Et quand Joseph eut atteint sa maturité, Nous lui accordâmes sagesse
et savoir, car c’est ainsi que Nous récompensons les hommes de bien.
[23] Or, celle qui l’avait reçu chez elle tenta de le séduire et, fermant
toutes les portes, elle lui dit : « Viens ! Je suis à toi ! » – « Dieu m’en
préserve !, s’exclama Joseph. Je ne peux trahir mon maître qui m’a traité
avec générosité, car les traîtres ne peuvent jamais prospérer. » [24] Mais
elle avait complètement succombé à son charme et lui aussi l’aurait
désirée s’il n’avait pas été éclairé par un signe de son Seigneur. Et c’est
ainsi que Nous avons écarté de lui le mal et la turpitude. Il était, en effet,
un de Nos serviteurs élus. [25] Tous deux se précipitèrent vers la porte, et
elle lui déchira sa tunique par derrière. Ils trouvèrent le mari devant la
porte, et aussitôt la femme s’écria : « Quel châtiment mérite celui qui a
voulu déshonorer ta femme, sinon la prison ou un supplice exemplaire ? »
[26] – « C’est elle, répliqua Joseph, qui a voulu me séduire ! » Un parent
de l’épouse, qui assistait à la scène, intervint alors en disant : « Si la
tunique de Joseph est déchirée par devant, c’est la femme qui dit vrai et
c’est Joseph qui ment. [27] Mais si la tunique est déchirée par derrière,
c’est elle qui ment et c’est Joseph qui est sincère. » [28] Ayant vu que la
tunique était déchirée par derrière, le mari dit : « Voilà bien une de vos
perfidies ! Les perfidies des femmes sont vraiment redoutables !
[29] Joseph, oublie cet incident ! Et toi, femme, implore le pardon de ton
péché, car tu as été vraiment fautive ! »
[30] Et l’on se mit à dire entre femmes en ville : « L’épouse du grand
intendant s’est éprise de son valet ; elle en est follement amoureuse, au
point qu’elle a perdu tout contrôle sur elle-même ! »
[31] Lorsqu’elle eut vent de leurs méchants commérages, elle les invita
chez elle à un banquet, et remit à chacune d’elles un couteau. Puis elle
ordonna à Joseph de paraître. Dès qu’elles l’aperçurent, elles furent
émerveillées au point que, dans leur trouble, elles se tailladèrent les mains,
en s’écriant : « Grand Dieu ! Ce n’est pas un être humain, mais c’est un
ange merveilleux ! » [32] – « Voilà donc, dit-elle, celui qui m’a valu vos
reproches. J’ai voulu effectivement le faire céder à mes désirs, mais il a
tenu à rester chaste. Or, s’il ne fait pas ce que je lui ordonne, il sera
certainement jeté en prison et connaîtra un sort misérable. »
[33] « Seigneur, dit Joseph, je préfère la prison au crime auquel me
convient ces femmes ; et si Tu ne me préserves pas de leurs stratagèmes,
je finirai par céder à mon penchant pour elles et sombrerai dans le
paganisme. » [34] Son Seigneur l’exauça et le préserva de leurs ruses, car
Il est Celui qui entend tout et sait tout.
[35] Puis ils jugèrent bon, malgré les preuves évidentes de son innocence,
de le jeter en prison pour un certain temps. [36] Deux jeunes gens
entrèrent en prison en même temps que Joseph. L’un d’eux dit : « J’ai rêvé
que je pressais du raisin. » – « Et moi, dit l’autre, j’ai rêvé que je portais
sur ma tête du pain que des oiseaux venaient becqueter. Fais-nous
connaître la signification de ces rêves, car nous voyons en toi un homme
de bien. »
[37] Joseph leur répondit : « On ne vous aura pas encore apporté votre
ration journalière que je vous aurai déjà expliqué vos rêves. Cet art fait
partie de ce que mon Seigneur m’a enseigné. En vérité, j’ai abandonné la
religion d’un peuple qui ne croit pas en Dieu et qui nie la vie future.
[38] Et j’ai suivi la religion de mes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob.
Nous n’associons aucune créature à Dieu. C’est là une grâce de Dieu pour
nous et pour tous les hommes. Mais la plupart de ces derniers ne sont
point reconnaissants. [39] Ô vous, mes deux compagnons de prison ! Que
vaut-il mieux ? Une multitude de divinités ou Dieu l’Unique, le
Dominateur suprême ? [40] Ceux que vous adorez en dehors de Dieu ne
sont que des noms que vous avez inventés, vous et vos ancêtres, et
auxquels le Seigneur n’a conféré aucun pouvoir. En vérité, le pouvoir
n’appartient qu’à Dieu qui a prescrit de n’adorer que Lui. Telle est la vraie
religion, mais bien peu de gens le savent. [41] Ô vous, mes deux
compagnons de prison ! L’un de vous servira d’échanson pour donner du
vin à son maître ; quant à l’autre, il sera crucifié et les oiseaux lui
picoreront la tête. C’est la réponse irrévocable à la question que vous
posez. »
[42] S’adressant à celui qui, à son avis, devait être sauvé, Joseph lui
demanda d’attirer sur lui l’attention de son maître. Mais Satan lui fit
oublier de parler à son maître de Joseph. Aussi ce dernier séjourna-t-il
quelques années encore en prison.
[43] « J’ai vu en songe, dit le roi, sept vaches grasses dévorées par sept
vaches maigres, et aussi sept épis verts et sept autres secs. Honorable
assemblée ! Expliquez-moi ma vision, si vous savez interpréter les
songes ! »
[44] – « Ce n’est là, dirent les courtisans, qu’un amas de songes confus.
Du reste, nous n’entendons rien à l’interprétation des rêves. » [45] Or,
celui des deux prisonniers qui avait eu la vie sauve se souvint enfin de
Joseph et dit : « Moi, je suis en mesure de vous en donner l’interprétation.
Laissez-moi aller la chercher ! »
[46] « Ô Joseph, le véridique ! Éclaire-nous au sujet de sept vaches
grasses dévorées par sept vaches maigres, sept épis verts et sept autres
secs, afin que de retour auprès de ceux qui m’attendent je puisse les
renseigner. » [47] Joseph répondit alors : « Vous sèmerez durant sept
années, comme à l’accoutumée. Laissez en épis tout ce que vous aurez
moissonné, excepté une petite quantité que vous consommerez.
[48] Viendront ensuite sept années de disette qui épuiseront toutes les
réserves que vous aurez constituées, à l’exception d’une petite quantité
que vous aurez épargnée. [49] Puis viendra une année où les gens auront
beaucoup de pluie et où les pressoirs seront abondamment utilisés. »
[50] Le roi ordonna alors : « Qu’on m’amène cet homme ! » Et quand
l’émissaire se trouva en présence de Joseph, celui-ci Joseph lui dit :
« Retourne auprès de ton maître et demande-lui quelle était l’intention de
ces femmes qui s’étaient tailladé les mains. Mon Seigneur connaît
parfaitement leur perfidie ! »
[51] Le roi interrogea alors ces femmes : « Quelle a été votre intention,
lorsque vous avez tenté de séduire Joseph ? » – « À Dieu ne plaise,
répondirent-elles, Joseph n’a commis aucun mal que nous sachions. » Et
la femme du grand intendant d’ajouter : « Maintenant la vérité a éclaté.
C’est moi qui ai tenté de le faire céder à mes désirs, et tout ce qu’il a dit
est l’absolue vérité ! [52] Si j’ai tenu à faire rétablir la vérité, c’est pour
que mon maître sache que je ne l’ai point trompé pendant son absence, car
Dieu ne guide point les intrigues des méchants.
[53] Je ne cherche pas à m’innocenter moi-même, car c’est le propre de la
nature humaine à pousser au mal, à moins qu’on ne soit touché par la
grâce de Dieu, car Il est Clément et Miséricordieux. » [54] « Qu’on me
l’amène, dit le roi. Je veux l’attacher à ma personne ! » Et après s’être
entretenu avec lui, le roi lui dit : « À partir de maintenant, je t’accorde un
poste d’autorité et t’investis de ma confiance ! » [55] – « Confie-moi, dit
Joseph, l’intendance des dépôts du pays, j’en serai le gardien vigilant. »
[56] C’est ainsi que Nous avons accordé à Joseph une forte position dans
ce pays et qu’il pouvait désormais s’y installer, où il voulait. Nous
touchons de Notre grâce qui Nous voulons et Nous ne laissons jamais les
hommes de bien sans récompense ; [57] cependant, la récompense de la
vie future est bien meilleure pour ceux qui auront cru et vécu dans la
crainte du Seigneur.
[58] Les frères de Joseph vinrent en Égypte, et se présentèrent devant lui.
Il les reconnut, mais eux ne se souvinrent plus de lui. [59] Et après leur
avoir fait remettre leurs provisions, il leur dit : « Amenez-moi un frère
consanguin à vous. Ne voyez-vous pas que je vous fais pleine mesure et
que je vous réserve le meilleur accueil ? [60] Si vous ne l’amenez pas, il
n’y aura plus de provisions pour vous et il est inutile que vous reveniez
vers moi ! » [61] – « Nous nous efforcerons, dirent-ils, de convaincre
notre père de le laisser partir, et nous espérons y parvenir. » [62] Puis
Joseph dit à ses serviteurs : « Dissimulez dans leurs bagages les
marchandises qu’ils avaient apportées. Peut-être que, en rentrant chez eux,
ils s’en apercevront et que cela les incitera à revenir. »
[63] De retour auprès de leur père, ils lui dirent : « Père, on refuse de nous
ravitailler à l’avenir si notre frère n’est pas avec nous. Envoie-le avec nous
pour que nous obtenions des provisions. Nous en prendrons le plus grand
soin. »
[64] Le père répondit : « Vais-je vous le confier, comme autrefois je vous
avais confié son frère ? Mais Dieu est le Meilleur Gardien, et Il est le plus
Miséricordieux des miséricordieux ! » [65] Et ayant déballé leurs bagages,
ils trouvèrent que les marchandises qu’ils avaient troquées leur avaient été
rendues. « Père, dirent-ils, que pouvons-nous espérer de plus ? Voilà que
nos marchandises nous ont été rendues. Nous irons donc ravitailler les
nôtres, tout en prenant soin de notre frère. Et cette fois-ci nous
rapporterons la charge d’un chameau de plus. C’est une charge facile à
obtenir ! » [66] – « Je ne l’enverrai avec vous, dit le père, que si vous vous
engagez devant Dieu à me le ramener, à moins que vous ne soyez tous
réduits à l’impuissance. » Et lorsqu’ils eurent pris cet engagement, le père
dit : « Puisse Dieu être garant de ce que nous venons de conclure ! »
[67] Puis il ajouta : « Mes enfants, n’entrez pas dans la cité où vous allez
par la même porte, mais entrez par des portes différentes. Je ne puis
cependant vous être d’aucun secours contre la volonté de Dieu, car c’est
de Lui que relève toute décision. Je mets donc ma confiance en Lui, et
c’est en Lui que mettent leur confiance ceux qui se résignent. »
[68] Ils entrèrent donc dans la ville en suivant la recommandation de leur
père ; mais cela ne pouvait leur servir à rien contre les arrêts du Seigneur
et ne faisait qu’apaiser les inquiétudes de Jacob, car ce dernier savait tirer
profit de la science que Nous lui avions enseignée, ce que la plupart des
hommes ne savent point. [69] Lorsqu’ils se présentèrent devant Joseph,
celui-ci prit à part son frère et lui dit : « Je suis ton frère. Ne t’afflige pas
de ce qu’ils m’ont fait autrefois ! »
[70] Et après leur avoir fourni leurs provisions, Joseph glissa dans les
bagages de son jeune frère une coupe à boire ; puis, sur ses ordres, un
héraut se mit à crier : « Hé, caravaniers ! Vous êtes des voleurs ! » [71] Se
retournant, les fils de Jacob demandèrent : « Que cherchez-vous ? » [72] –
« Nous cherchons, leur dit-on, la coupe du roi ! Quiconque la rapportera
recevra une récompense en blé de la charge d’un chameau. » Et le héraut
ajouta : « Je m’en porte garant. » [73] – « Par Dieu, répondirent les fils de
Jacob, vous savez bien que nous ne sommes pas venus pour faire du mal
et que nous ne sommes pas des voleurs ! » [74] – « Quelle sanction sera
infligée au voleur, s’il s’avère que vous avez menti ? », dirent les autres.
[75] – « Celui, répondirent les frères de Joseph, dans les bagages duquel la
coupe sera trouvée vous sera livré lui-même à titre d’esclave. C’est ainsi
que nous punissons les prévaricateurs. »
[76] Joseph commença par fouiller les bagages des autres avant de passer
à ceux de son frère, et il en retira la coupe. Nous avons suggéré à Joseph
d’avoir recours à ce moyen, sans lequel il ne pouvait pas retenir son frère
près de lui selon la loi du pays, à moins que Dieu ne l’eût voulu. Nous
élevons en rang qui Nous voulons. Mais, au-dessus de tout savant, il y a
Celui dont la science n’a point de limite.
[77] « Il n’est pas étonnant qu’il ait commis ce vol, dirent les frères de
Joseph, un frère à lui avait déjà commis un vol avant lui ! » Joseph garda
pour lui cette réflexion et ne dévoila guère ce qu’il en pensait, se
contentant de dire en lui-même : « Vous êtes encore plus mauvais que je
ne croyais ! Mais Dieu est le mieux Informé de vos allégations. »
[78] – « Ô seigneur !, dirent les fils de Jacob. Le père de ce jeune homme
est d’un âge très avancé. Prends l’un de nous à sa place. Nous voyons en
toi un homme d’une grande bonté. »
[79] – « À Dieu ne plaise, dit Joseph, que je retienne un autre que celui
chez qui notre coupe a été trouvée ! Nous serions alors vraiment
injustes. » [80] Désespérant de le fléchir, les fils de Jacob se retirèrent
pour se concerter. « Oubliez-vous, dit l’aîné, que notre père nous a fait
prendre un engagement devant Dieu ? Oubliez-vous que vous avez déjà
manqué à votre engagement en abandonnant Joseph auparavant ? Je ne
quitterai pas ce pays, pour ma part, avant que mon père ne me le permette,
ou que Dieu ne juge en ma faveur, car Il est le Meilleur des juges.
[81] Retournez chez votre père et dites-lui : “Ô père ! Ton fils a
réellement volé ! Nous ne te rapportons que ce dont nous avons été
témoins, sans pouvoir répondre de ce qui a pu nous échapper.
[82] Interroge la ville où nous étions, ainsi que la caravane dans laquelle
nous sommes arrivés. Tous te confirmeront que ce que nous disons est la
vérité.” »
[83] « C’est là, leur dit Jacob, un autre mauvais coup que vous avez monté
vous-mêmes, et je n’ai plus qu’à me résigner ; peut-être que Dieu me les
rendra tous les deux, car Il est Omniscient et Sage. » [84] Et il leur tourna
le dos, en soupirant : « Que ma peine est grande pour Joseph ! » Et ses
yeux devinrent aveugles par suite de son affliction, car il avait de la peine
à contenir sa douleur. [85] « Par Dieu, lui dirent ses enfants, tu ne cesseras
donc jamais d’évoquer le souvenir de Joseph, jusqu’à en dépérir ou en
mourir. » [86] – « C’est à Dieu seul, dit-il, que je confie ma tristesse et ma
douleur, car je sais de la part de Dieu des choses que vous-mêmes ne
savez pas.
[87] Ô mes enfants ! Allez-vous enquérir de Joseph et de son frère, et ne
désespérez point de la miséricorde de Dieu, car seuls les négateurs
désespèrent de la bonté divine ! »
[88] De retour auprès de Joseph, ils lui dirent : « Seigneur ! Le malheur
s’est abattu sur nous et sur les nôtres. Nous ne pouvons t’offrir qu’une
marchandise sans grande valeur. Fais-nous bonne mesure et sois
charitable envers nous, car Dieu récompense toujours les gens
charitables. » [89] – « Vous souvenez-vous, leur dit-il, de ce que vous
avez fait de Joseph et de son frère quand vous étiez plongés dans
l’ignorance ? » [90] – « Serais-tu Joseph ? », dirent-ils. – « Oui, je suis
Joseph et celui-ci est mon frère, dit-il. Dieu nous a accordé Sa faveur.
Quiconque craint Dieu et se montre patient en reçoit la récompense, car
Dieu ne frustre jamais les hommes de bien de leur récompense. » [91] –
« Par Dieu !, dirent-ils. Dieu t’a vraiment préféré à nous ; et nous, nous
avons été coupables. » [92] – « Soyez sans crainte, leur dit Joseph. Que
Dieu vous pardonne ! Sa miséricorde n’a point d’égale. [93] Emportez ma
tunique que voici, et passez-la sur le visage de mon père. Il recouvrera la
vue. Et revenez avec tous les membres de votre famille. »
[94] Et dès que la caravane eut franchi la frontière, leur père dit : « Je
décèle autour de moi l’odeur de Joseph. Mais vous allez me dire encore
que je radote ! » [95] – « Par Dieu, lui dit-on. N’est-ce pas que c’est ta
vieille rengaine ? »
[96] Mais lorsque le porteur de la bonne nouvelle arriva et appliqua la
tunique sur le visage de Jacob, celui-ci recouvra aussitôt la vue et dit :
« Ne vous avais-je pas affirmé que je savais de la part de Dieu des choses
que vous-mêmes ne savez pas ? » [97] – « Ô père, dirent les fils de Jacob,
implore de Dieu le pardon de nos péchés, car nous avons été vraiment
coupables. » [98] – « Je vais, dit-il, implorer le pardon pour vous auprès
de mon Seigneur. Il est si Plein de clémence et de miséricorde. »
[99] Et lorsqu’ils arrivèrent chez Joseph, celui-ci accueillit son père et sa
mère, en disant : « Soyez les bienvenus en Égypte, où vous serez, s’il plaît
à Dieu, en toute sécurité. » [100] Joseph fit asseoir son père et sa mère sur
le trône, et tous les membres de sa famille se prosternèrent à ses pieds.
Joseph dit alors : « Père, voilà l’interprétation du rêve que j’avais fait
jadis. Dieu en a fait une réalité. Il m’a comblé de bienfaits, lorsqu’Il m’a
fait sortir de prison et qu’Il vous a fait venir du désert auprès de moi, après
que Satan eut jeté la discorde entre mes frères et moi. En vérité, mon
Seigneur sauve toujours qui Il veut. Il est l’Omniscient, le Sage.
[101] Seigneur ! Tu m’as donné une parcelle d’autorité et Tu m’as appris
à interpréter les songes. Créateur des Cieux et de la Terre, Tu es mon
Maître dans ce monde et dans l’autre. Fais que je meure en état de
soumission totale à Ta volonté, et permets-moi de rejoindre le camp des
vertueux ! »
[102] Voilà l’un des récits inconnus de toi que Nous te révélons, car tu ne
te trouvais pas parmi les frères de Joseph lorsqu’ils décidèrent de perpétrer
leur forfait. [103] Mais la plupart des hommes ne croiront pas, quels que
soient les efforts que tu déploieras.
[104] Pourtant tu ne leur réclames pour cela aucun salaire, car ce n’est là
qu’un rappel adressé à tout l’Univers. [105] Que de signes évidents dans
les Cieux et sur la Terre devant lesquels les hommes passent et dont ils se
détournent ! [106] Et la plupart d’entre eux ne croient en Dieu qu’en Lui
donnant des associés. [107] Sont-ils sûrs que le châtiment de Dieu ne
viendra pas s’abattre sur eux ? Ou que l’Heure ne viendra pas les
surprendre, au moment où ils s’y attendront le moins ?
[108] Dis : « Voici ma voie ! J’appelle les hommes à Dieu, moi et ceux
qui me suivent, en toute clairvoyance ; et je ne suis pas, par la grâce du
Seigneur, du nombre des idolâtres. » [109] Nous n’avons jamais envoyé
avant toi, comme prophètes, que des hommes pris parmi les habitants des
cités et auxquels Nous transmettions Nos révélations. Que ne parcourent-
ils la Terre pour voir quel a été le sort final de leurs prédécesseurs ?
Certes, la demeure de la vie future est d’une valeur autrement plus
estimable pour ceux qui craignent le Seigneur. Le comprendrez-vous donc
jamais ? [110] Et lorsque, à la fin, les prophètes désespéraient du succès
de leur mission et croyaient qu’on les prenait pour des imposteurs, Nous
leur envoyions Notre secours et Nous sauvions qui Nous voulions, sans
que jamais Nos rigueurs fussent détournées de la gent criminelle.
[111] Il y a, à coup sûr, un enseignement dans l’histoire des prophètes
pour les hommes doués d’intelligence. Ce Livre n’est point un récit
inventé de toutes pièces, mais il est une confirmation des Écritures
antérieures, un exposé détaillé de toute chose, une bonne direction et une
grâce pour ceux qui croient en leur Seigneur.